La PUMA : comment la Sécurité sociale fonctionne pour les nouveaux arrivants
La France dispose d'une couverture maladie universelle : toute personne qui travaille en France, ou qui y réside légalement et de façon stable, peut faire rembourser ses frais de santé par l'Assurance Maladie. Ce système s'appelle la PUMA — Protection Universelle Maladie — en place depuis 2016. Il vous couvre à titre individuel, de façon continue, même si votre situation professionnelle ou familiale change. Voici comment fonctionne l'affiliation pour un nouvel arrivant : les conditions, les démarches auprès de la CPAM, le numéro de sécu et la carte vitale, ce qui est pris en charge (et ce qui ne l'est pas), et le rôle de la mutuelle.
Ce qu'est la PUMA (et ce qu'elle a remplacé)
Avant 2016, la couverture maladie en France dépendait principalement du statut professionnel : les travailleurs étaient couverts par leur emploi, les autres par la CMU (Couverture Maladie Universelle). La réforme de 2016 a remplacé ce système par la Protection Universelle Maladie, qui garantit un droit personnel et continu à la prise en charge pour toute personne qui travaille ou réside en France de manière stable et régulière. « Continu » est le mot clé : une fois affilié, vos droits ne se rompent pas si vous changez d'emploi, perdez votre emploi ou déménagez.
Deux modes d'affiliation existent :
- Sur critère professionnel. Si vous travaillez en France — salarié, indépendant, profession libérale, étudiant avec un emploi — vous êtes affilié au titre de votre activité professionnelle, dès le premier jour. Aucun délai de carence.
- Sur critère de résidence. Si vous ne travaillez pas mais résidez en France légalement et de façon stable, vous pouvez être affilié au titre de la seule résidence.
Précision : la PUMA est le nom du dispositif, pas un guichet. La CPAM (Caisse Primaire d'Assurance Maladie) est l'organisme local qui instruit les demandes et gère votre dossier. L'Assurance Maladie est la branche de la Sécurité sociale qui prend en charge les soins.
Les conditions : résidence stable et régulière
Pour l'affiliation sur critère de résidence, deux conditions sont cumulatives :
- Régularité du séjour. Les ressortissants non européens doivent détenir un titre de séjour valide : titre de séjour, visa de long séjour valant titre de séjour, récépissé de demande, etc. Les citoyens de l'UE/EEE n'ont pas besoin de titre de séjour, mais s'ils sont inactifs, ils peuvent devoir justifier de ressources suffisantes pour ne pas devenir une charge déraisonnable pour le système.
- Stabilité de la résidence. Vous devez avoir vécu en France depuis au moins 3 mois avant l'ouverture de vos droits, et vous devez vivre en France au moins 6 mois par année civile pour les conserver.
Le délai de carence de 3 mois ne s'applique pas si vous débutez une activité professionnelle en France, ni dans certains cas particuliers (par exemple le regroupement familial ou les Français de retour sans couverture). Si vous êtes couvert par le régime d'un autre pays dans le cadre d'un détachement ou d'une Carte européenne d'assurance maladie lors d'un court séjour, la PUMA est une question différente — vérifiez les informations officielles pour votre cas.
L'inscription à la CPAM : les démarches
La démarche de base :
- Remplir le formulaire Cerfa n° 15763*02 (aussi appelé S1106) — la « demande d'ouverture des droits à l'assurance maladie ». Un formulaire par adulte ; si vous avez des enfants mineurs à charge, remplissez aussi le formulaire de rattachement des enfants.
- Joindre les justificatifs listés dans le formulaire : en général pièce d'identité, preuve de la régularité du séjour (titre de séjour), justificatif de domicile, et preuve de présence en France (par exemple quittances de loyer ou factures d'énergie à votre nom et datées, si demandées).
- Envoyer ou déposer le dossier à la CPAM de votre lieu de résidence. À Paris (75), les pièces peuvent être transmises en ligne via la plateforme de dépôt de la CPAM ; ailleurs, l'envoi par courrier ou le dépôt en main propre est la norme.
- Conserver des copies de tout et disposer d'une adresse postale stable avec une boîte aux lettres à votre nom — le courrier de la CPAM arrive par voie postale. En l'absence de domicile fixe, une adresse de domiciliation peut être organisée.
Les étudiants étrangers passent généralement par le portail en ligne dédié etudiant-etranger.ameli.fr plutôt que par la voie papier.
Le numéro de sécu et la carte vitale
Une fois votre dossier accepté, la CPAM vous attribue un numéro de sécurité sociale (numéro de sécu), un identifiant individuel à 15 chiffres. Il est attribué à vie. Ce numéro ouvre l'accès à votre compte ameli (ameli.fr), le portail en ligne où vous pouvez suivre vos remboursements, télécharger votre attestation de droits (preuve de couverture) et signaler un changement de situation.
La carte vitale est la carte à puce qui atteste de votre immatriculation et de vos droits. Elle est délivrée à toute personne de 16 ans et plus, elle est gratuite et contient vos informations administratives. En la présentant sur la borne du médecin ou du pharmacien, vous déclenchez le remboursement électronique automatique — généralement sous environ une semaine, sans feuille de soins papier à envoyer. Si vous avez payé sans la carte, vous pouvez toujours être remboursé en envoyant les feuilles de soins papier par courrier à votre CPAM.
Un point pratique : les délais de traitement varient. Le numéro de sécu peut prendre des semaines, voire des mois, à arriver — c'est la frustration la plus courante des nouveaux arrivants. C'est normal : vos droits courent à partir de la date à laquelle votre dossier est complet, et les soins engagés après cette date peuvent être remboursés une fois le numéro attribué. Conservez en attendant tous vos reçus et feuilles de soins.
Ce qui est pris en charge — et ce qui ne l'est pas
L'Assurance Maladie rembourse une partie de vos dépenses de santé, pas la totalité. Deux chiffres déterminent chaque remboursement :
- Le taux de remboursement — fixé par la Sécurité sociale, variable selon le type de soins. Par exemple, une consultation de médecin généraliste dans le parcours de soins est remboursée à 70 %.
- La base de remboursement (tarif de convention) — le tarif officiel de chaque acte, par exemple 30 € pour une consultation de généraliste standard en métropole depuis décembre 2024.
Ainsi, une consultation à 30 € est remboursée à 70 % de 30 € (21 €), moins la participation forfaitaire de 2 € — soit 19 € reversés à l'assuré, le reste restant à votre charge. Les médicaments sont remboursés à des taux variables (15 %, 30 %, 65 % ou 100 % selon leur valeur médicale), les hospitalisations à 80 %, etc. Au-delà des tarifs officiels, les médecins de « secteur 2 » peuvent pratiquer des dépassements d'honoraires, que le régime public ne rembourse que partiellement ou pas du tout. La chirurgie esthétique, la plupart des médecines douces et les actes hors liste remboursable ne sont pas pris en charge.
Le parcours de soins coordonnés compte aussi : vous êtes censé déclarer un médecin traitant et consulter les spécialistes sur orientation. Le hors-parcours réduit votre taux de remboursement.
La mutuelle : la complémentaire santé
La part que le régime public ne rembourse pas — le ticket modérateur (le reste à charge), les dépassements d'honoraires, et les postes mal couverts comme le dentaire, l'optique et l'audition — relève de la mutuelle (complémentaire santé). Elle est facultative pour les particuliers : vous pouvez en souscrire une librement auprès de l'assureur ou de la mutuelle de votre choix. Mais elle est obligatoire pour les salariés : depuis janvier 2016, tout employeur du secteur privé doit proposer une mutuelle d'entreprise et en payer au moins 50 % du coût, et les salariés doivent y adhérer sauf dispense.
Pour les personnes à faibles revenus, la Complémentaire Santé Solidaire (CSS) — gratuite ou à faible coût selon les revenus — couvre le ticket modérateur, le forfait hospitalier et le dentaire/optique dans des plafonds définis. Elle a remplacé l'ancienne CMU-C et l'ACS en 2019.
Un point d'attention pour les nouveaux arrivants affiliés sur le critère de résidence : si vos revenus ou votre patrimoine d'activité dépassent un certain seuil, vous pouvez être redevable de la cotisation subsidiaire maladie, une contribution versée à l'URSSAF. Vérifiez la page officielle de l'URSSAF si vous disposez de revenus significatifs en dehors d'un emploi salarié.
À faire dans vos premiers mois
- Vous travaillez en France ? Vous êtes affilié dès le premier jour de travail ; renseignez-vous sur la mutuelle d'entreprise auprès de votre employeur.
- Vous ne travaillez pas ? Après 3 mois de résidence légale et stable, déposez le formulaire S1106 à votre CPAM.
- Préparez vos documents tôt : passeport, titre de séjour, justificatif de domicile, acte de naissance. Conservez les reçus de vos soins en attendant.
- Déclarez un médecin traitant une fois affilié pour bénéficier des taux de remboursement pleins.
- Envisagez une mutuelle — ou vérifiez votre éligibilité à la CSS — pour ne pas être surpris par le ticket modérateur.
Questions fréquentes
Je suis indépendant en France. Suis-je couvert par la PUMA ?
Oui. Les personnes exerçant une activité professionnelle en France — salariés comme indépendants — sont affiliées sur le critère professionnel, sans le délai de carence de 3 mois. Les indépendants relèvent de l'URSSAF pour les cotisations ; vérifiez les informations officielles pour votre statut.
La PUMA couvre-t-elle mon conjoint et mes enfants ?
L'affiliation est individuelle, mais les ayants droit peuvent être rattachés : les enfants mineurs sont rattachés au dossier d'un parent. Les conjoints sont généralement affiliés sur leur propre fondement (travail ou résidence). Chaque adulte dépose son propre formulaire.
Puis-je recourir aux soins français avant de recevoir mon numéro de sécu ?
En pratique, oui — vous pouvez consulter des médecins et payer d'avance — mais les remboursements interviennent une fois vos droits ouverts et votre numéro attribué. Conservez chaque reçu et feuille de soins ; les soins engagés après la complétude de votre dossier peuvent être remboursés rétroactivement.
La carte vitale est-elle obligatoire pour être remboursé ?
Non, mais elle automatise tout. Sans elle, vous devez envoyer les feuilles de soins papier à votre CPAM pour chaque dépense, ce qui est plus lent.
Ai-je besoin d'une mutuelle si je suis en bonne santé ?
Pas légalement, sauf si vous êtes salarié du secteur privé. Mais le régime public ne rembourse jamais 100 % des soins, et l'optique, le dentaire et les dépassements peuvent coûter cher — une mutuelle ou la CSS est la solution habituelle pour combler l'écart.
Je suis citoyen européen, étudiant ou inactif en France sans travailler. Suis-je éligible ?
Les citoyens européens peuvent être affiliés sur le critère de résidence après 3 mois, si leur séjour est régulier et stable. S'ils sont inactifs, ils peuvent devoir justifier de ressources suffisantes. Les étudiants s'inscrivent généralement via etudiant-etranger.ameli.fr.
Sources
- Service-public.fr, Qu'est-ce que la protection universelle maladie (Puma) ? : https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F34308
- ameli.fr, Tableaux récapitulatifs des taux de remboursement : https://www.ameli.fr/assure/remboursements/rembourse/tableau-recapitulatif-taux-remboursement
- Cleiss, Maladie, maternité, paternité, invalidité, décès en France : https://www.cleiss.fr/docs/regimes/regime_france1.html
- Mon Parcours Handicap (gouv.fr), La protection universelle maladie (PUMa) : https://www.monparcourshandicap.gouv.fr/aides/la-protection-universelle-maladie-puma
Cet article fournit des informations générales sur le système français de couverture maladie et ne constitue ni un avis juridique ni un avis médical. Les règles et les tarifs évoluent — vérifiez les sites officiels ci-dessus avant d'agir, et consultez un professionnel agréé pour votre situation personnelle.